Cabinet of curiosities exhibition

 

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and for the art lovers, here is the article from the catalogue en français

 

De l’histoire parallèle du Cabinet de curiosités ou une histoire des possibles.

La curiosité comme première condition si ne qua non à la création d’une exposition.

En 1771, dans le dictionnaire de Trévoux, la curiosité comporte déjà trois composantes, « Curiosus, cupidus, studiosus » : l’attention, le désir, la passion du savoir. Dans le dictionnaire de Furetière, le curieux est défini comme « celui qui veut tout savoir, et tout apprendre, qui a désir d’apprendre, de voir les merveilles de l’art et de la nature, qui a voyagé, qui a feuilleté tous les bons livres, qui a ramassé les choses les plus rares ».

Dès le début, le mot désigne à la fois l’état du sujet et la nature de l’objet mais il restera longtemps attaché à l’activité artistique ou scientifique de l’amateur. Effectivement, l’histoire de la curiosité suit celle des objets dans leurs rapports avec notre désir, du plus inavoué (jouissance du collectionneur plus ou moins fétichiste) au plus honorable (amateur, chercheur…). Mais très vite, la curiosité ne sera plus seulement l’apanage des amoureux du luxe et du lucre, en proie à la simple jouissance esthétique ou à une soif du plaisir de posséder la singularité. Elle devient, au contraire, plus subtile, s’oriente vers une passion pour les objets porteurs de sens et se teinte d’une soif du savoir.

Aujourd’hui peu encouragée dans l’enseignement, la curiosité, pourtant innée chez les enfants, a mauvaise réputation. En français, ne dit-on pas qu’elle est un « vilain défaut» ? Plus métaphorique, l’anglais dit qu’elle « a tué le chat ». Le quotient de curiosité commence néanmoins à figurer aux côtés du quotient intellectuel et émotionnel. Dans un article de la Harvard Business Review, «La curiosité est aussi importante que l’intelligence», Tomas Chamorro-Premuzic explique que ceux qui ont un quotient de curiosité développé font preuve de deux grandes qualités : la «tolérance face à l’ambiguïté» et la volonté «d’acquérir des connaissances».

Faire face à l’incertitude ou à l’imprévu, aborder les conflits de façon créative, trouver de nouvelles solutions, découvrir, assembler, innover, se lancer dans l’expérimentation avec l’espoir de trouver de nouvelles pistes sont autant de qualités inhérentes à la curiosité et de conditions nécessaires à la création mais aussi à la réussite d’une exposition collective. La thématique du Cabinet de curiosités permet d’exploiter la curiosité en cherchant à pénétrer ou à surprendre les secrets intimes de la Nature et du processus de création du monde dans ce qu’ils offrent de plus fantastique.

Pas d’expérimentation sans liberté.

Libérer l’expérimentation, vaste programme. Créer sans contraintes, de quelque nature qu’elles soient : esthétiques, financières ou politiques, n’est-ce pas le rêve de tout artiste ? Une utopie, sans doute, en trame de fond derrière l’organisation de cette exposition.

Selon le psychiatre anglais Donald Winicott, l’aire psychique de jeu du petit enfant prend naissance dans un espace intermédiaire appelé l’espace potentiel. Dans cet espace potentiel, l’illusion serait une sorte d’erreur génératrice d’une possibilité, celle d’expérimenter. L’expérimentation se fonde sur des hypothèses perpétuellement remises en question pour accéder à un nouvel état de connaissance.

A travers cette expérimentation, le jeu est décrit comme une manipulation réalisée par l’enfant en interaction avec lui-même ou avec des objets externes pour minimiser l’angoisse humaine. Ces « objets » qui amenuisent l’angoisse, sont appelés des objets transitionnels. Le jeu devient dès lors un acte créateur comme solution à l’angoisse et la créativité, une approche de la réalité extérieure, une force motrice du développement humain qui permet de voir perpétuellement les choses avec un regard neuf, à condition que la tradition le permette. Chez l’adulte, le prolongement de l’espace potentiel du jeu se fait à travers des expériences culturelles et notamment la création artistique.

La collection comme processus d’inspiration et pour initier le plaisir de faire

Selon Walter Benjamin, historien de l’art allemand, chez l’enfant, l’acte de collectionner est un processus de renouvellement au même titre que l’acte de peindre, coller, découper. Pour l’adulte ou le collectionneur, l’acquisition d’un livre ancien équivaut à sa renaissance. Renouveler le monde est sans doute l’instinct le plus profond qu’éprouve le collectionneur quand il vient d’acquérir de nouveaux objets.

Outre sa vocation encyclopédique perceptible derrière le concept de « petit théâtre du monde », la collection permet aussi de susciter l’imagination en effectuant un voyage immobile dans l’espace et le temps et de témoigner en offrant des traces du passé et du lointain.

L’acte de collectionner ces objets étranges parfois créés de main d’homme, dévoile un aspect ludique du Cabinet de curiosités. Miniaturiser le monde, pouvoir tout englober d’un seul regard. Le jeu humain fait aussi écho au jeu divin de la création et témoigne d’une volonté de faire sens en créant des liens entre le visible et l’invisible, le sensible et l’intelligible, le connu et l’inconnu.

Renouveler le monde, susciter l’imagination, laisser des traces du passé, donner du sens, rassembler, jouer, créer un lien entre l’humain et le divin sont autant d’objectifs qui sous-tendent l’acte de collectionner et qui sont des conditions inhérentes à l’initiation du processus de création et de réinterprétation contemporaine du Cabinet de curiosités, tel que nous l’avons imaginé.

Le cabinet de curiosités et le travail de commissaire

Les artistes surréalistes mettaient en œuvre une théorie de libération du désir en utilisant des techniques qui reproduisent les mécanismes du rêve. Par l’acte de transformation créatif, les objets sont tournés, retournés, détournés de leur sens, de leurs formes pour devenir des objets insolites, « araisonnés ». Ainsi, à côté des objets extraordinaires qui font de nous de banals curieux, il y a les objets ordinaires qui rendent la banalité curieuse.

Dans un cabinet de curiosité, les objets se mettent à dialoguer entre eux, éveillant, réveillant l’imaginaire jusqu’à l’inconscient. A mi chemin entre le hasard et la nécessité, l’objet, détourné de toute fonction utilitaire, prend la place d’un messager.

Mais à l’instar de l’artiste qui ne manifeste sa liberté d’individu qu’au sein d’un groupe, l’objet ne prend son sens que par rapport aux autres objets. Et cette dialectique des objets, qui est l’essence même du travail de commissaire, entre ordre et désordre, rationnel et merveilleux, didactisme et liberté, entretient la primauté du désir.

Voilà pourquoi un cabinet de curiosité, à l’image d’un atelier d’artiste témoigne de rencontres, de voyages, de promenades, d’amitiés, de ruptures, de débats, d’un faisceau de conditions objectives qui ont présidé à l’élaboration et de choix subjectifs résultant du désir des artistes et des commissaires.

 Delphine Buysse

 

 

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